• L'invitée Surprise (suite et fin)

    L'invitée Surprise (suite et fin)

    Si tu débarques voici le lien vers la première partie      

         

     Vous en êtes à vérifier que Pretty-Poulette et Numérobis sont tout à faits prêts, chaussés et habillés, et vous rendez compte que Dragibus et Micro-Poulette sont encore en chaussons.

    (Note de l’auteur : ce point n’est pas très grave, contrairement à celui des couches. Vous ne les sortirez pas de votre poussette-double, et si tant est que vous posiez négligemment une petite couverture sur leurs petites jambes potelées, personne ne s’en rendra compte.)

                Vous commencez à reprendre confiance en vous. Ca ne s’annonce peut être pas si mal en fin de compte. Mais lorsque vient le moment d’attacher les deux petits dans le véhicule sus nommé, les lanières s’emmêlement, et un début de résistance de la part de Dragibus – que vous matez illico - se fait sentir. Mais vous tenez bon. Vous gardez le cap. Vous êtes encore dans les temps, et après avoir attrapé votre manteau tout en enfilant vos ballerines, vous vous dirigez vers la porte.

                À cet instant, votre sonar interne détecte une activité suspecte : Pretty-Poulette  se dandine. Vous comprenez de suite que l’heure est gravissime : une Pretty-Poulette qui se dandine est toujours un très mauvais présage... Sans attendre, vous la questionnez et elle avoue l’inavouable. Elle vous donne le coup de grâce : finalement elle avait des devoirs... Stupeur, tremblements, frissons, vous êtes saisie par l’abominable nouvelle, mais vous conservez - on ne sait pas comment – votre légendaire sang froid. L’instinct de survie de l’espèce doit résonner en vous.

    (Note de l’auteur : si des types de la CIA ne me contacte pas après ça pour devenir agent infiltré, j’y comprends plus rien)

                Fière, vous vous retenez bien d’adresser le moindre regard au spectre de la journée de merde qui ne se remet pas du coup de théâtre auquel il vient d’assister. Vous respirez profondément plusieurs fois (vieille technique mi Inca, mi Fragglerockienne) et essayez de trouver un plan B. Ou G. Ou Z, au point où vous en êtes.

                Un éclair de génie vous traverse alors l’esprit ! Vous saisissez une feuille qui traine dans le garage (?), le stylo que vous avez toujours sur l’oreille (?), et griffonnez quelques mots bien sentis à l’attention Mme Maitresse de Pretty-Poulette. Votre idée est proprement lumineuse, vous prétextez une subite entorse de la langue de votre chère ainée, ayant complètement empêché l’apprentissage de sa poésie. Cette étrange pathologie a fort heureusement disparu au réveil de votre chère petite, mais il était bien trop tard pour se lancer alors dans les devoirs. Vous ne pouvez décemment pas stresser votre enfant, bla bla bla.

                Pretty-Poulette n’est que très moyennement convaincue de la qualité de l’excuse, mais un seul regard de votre part suffit à la faire taire sur le champ. Elle se dandine pourtant à nouveau et vous comprenez que ça n’est pas tout. Elle s’apprête vraisemblablement à rajouter une couche au vernis de votre effroi.

                Elle vous rappelle que vous êtes le quinze du mois. Le quinze. Le dernier des derniers jours, dernière date butoir définitive, à laquelle il faut absolument rendre LE papier, sous peine de répudiation à vie de toute votre progéniture de l’école (et ça, ça ne vous arrange pas du tout, du tout. S’il faut vous les coltiner en plus le temps scolaire, ça va pas être possible)

                Le papier ? LE papier. Ce truc qui traine dans votre entrée depuis des jours. Que vous avez bougé jusqu’au bureau, qui est redescendu (seul ? Porté par les Minipouss qui déplacent les Légos ?) dans votre cuisine. Bref, cela fait des semaines qu’il vous nargue et que vous repoussez le moment de le remplir. Et évidement, aujourd’hui, là, tout de suite maintenant, il est aussi transparent que le top de la voisine de 20 ans qui vit au bout de votre rue, et qui ne connaît vraisemblablement pas l’existence du mot et de l’objet soutien-gorge.

                Vous reprenez le mot d’excuse de Pretty-Poulette et décidez d’ajouter un Nota Bene (piteux) en faisant amende honorable. Vous ne trouvez pas d’autres échappatoires aussi fins que l’entorse de la langue. Vous avez perdu le mot : vous êtes une piètre mère. Ça va faire pleurer dans les chaumières, la maitresse n’osera pas vous enguirlander.

                Vous vous mettez enfin en route, il est 08h35. Vous. La poussette-double. Numérobis et Pretty-Poulette en trottinette. Vogue la galère, roule ma poule, c’est parti mon kiki.

                Vous déroulez un pied devant l’autre, bien décidée à tout faire pour réussir votre challenge. Les enfants se retournent en souriant : ils sont confiants, eux aussi. Soudain, le chat des voisins s’en mêle, il surgit de nulle part surprenant toute votre troupe. Qu’est ce qu’il lui prend à celui-là ? Vous comprenez de suite : le fantôme de la journée de merde se barre en courant. Numérobis fait un tête à queue, frotte la glissière de sécurité et termine, à genoux, sur les graviers dans un nuage de fumée. Vous ramassez votre fiston, constatez que le jean indestructible de Vertbaudet ne l’est vraisemblablement pas , et redynamisez aussitôt le cortège : « Tenez bon les gars ! Quand on veut on peu. Parole de Reine Mère. »

                Il ne vous reste que cinq cent mètres. Les grands dépotent en trottinette, vous allez presque aussi vite qu’eux, volant quasiment avec vos ballerines qui semblent être montées sur coussin d’air. Dragibus et Micro-Poulette, grisés par la vitesse, se marrent. Tout va pour le mieux le moins pire.

                Mais la journée de merde n’a pas dit son dernier mot... Il est très important que vous sachiez, qu’elle copine assez souvent avec la météo de merde... Alors qu’il faisait jusque là un soleil radieux, un temps froid mais sec (Ah ben ma pauvre Dame, c’est que j’aime encore mieux ça que plus doux et humide, hein !), le ciel s’assombrit soudainement, comme les passages les plus glauques d’Harry Potter.

                Des gouttes énormes commencent à tomber. Une a une au tout début, puis, très rapidement, par seau d’eau. Une tempête tropicale encore jamais constatée dans votre région s’abat sur vous et vos pensionnaires. En quelques mètres vous ressemblez tous à des participants d’un défilé Automne/Hiver de Jean Paul Grossier ou de Karl Lamarcel. Les cheveux dégoulinants, mi-pleurnichants, mi-reniflants, les pensionnaires taillent quand même la route courageusement. Au loin, vous entendez déjà la sonnerie qui retentit dans la cour, terrifiant les derniers arrivant. Pretty-Poulette est blanche comme un linge mais s’accroche vaillamment à son guidon chromé. Vous l’encouragez du regard : vous allez y arriver !

                Et vous y arrivez !!! (Ralenti de circonstance, sauts de joie, embrassades) Sonnez Hautbois ! Résonnez Musettes ! Cotillons et Champomy pour tout le monde !!!! Vous retrouvez le sourire, entamez quelques pas de danse, et repérez au coin de la rue la silhouette de la journée de merde qui fait moins la maligne. Incroyable, vous l’avez bel et bien domptée cette fois !

                Vous faites un bisou à votre grande chérie, l’envoyez rejoindre ses copains de primaire et accompagnez Numérobis jusqu’à la cour des maternelles. Il gare sa trottinette avec style, puis vous tend une main - d’une façon trop désinvolte pour son âge d’ailleurs, vivement l’adolescence - attendant vraisemblablement de recevoir quelque chose.

                Dubitative, vous restez sans comprendre quelques secondes, puis percutez en même temps que lui. Ses yeux s’embuent, les ailes de son nez battent à tout rompre et sa lèvre inférieure se met à trembloter façon gelée anglaise. Il a oublié son cartable. Il est le maillon faible. Vous êtes présentement à deux doigts du Nervous Breakdown.

                C’est le moment M : le moment où tout dérape. La colère et la fureur que vous tentez de dompter depuis votre première seconde d’éveil cherche à s’échapper de votre corps par tous les pores de votre peau, si satinée au demeurant. Vous pétez un plomb, un câble, vous vous sentez évoluer en ReineMèreSupérieureEnragée, Pokémon redoutable.

                En douce, pour ne pas vous faire griller par les autres parents, vous lui promettez les pires sévices pour le soir même. Numérobis n’en mène pas large, et laisse éclater ses sanglots. Vous vous dites que vous avez forcément du faire quelque chose de très mauvais pour votre karma la veille ou l’avant veille. Il n’y a pas d’autre explication possible. Vous avez du, au choix : écraser un poney rose ou quelque autre créature magique, ou encore manger une fée qui avait du se poser un l’un des trente macarons que vous avez engloutis en douce.

                Mais, armée d’un courage époustouflant et quasi-héroïque, vous puisez au plus profond de vous toute la ressource nécessaire pour dissiper la nervosité extrême qui a gangréné tout votre être.

                Cette fois-ci, selon la technique ancestrale utilisée par le Gluon du trou et Sophie la Cuillère de Téléchat, vous fermez les yeux et comptez mentalement jusqu’à cinq. Et ça marche ma foi pas trop mal ! Lorsque vous rouvrez les yeux vous contemplez avec un œil neuf ce petit bouchon de 120 centimètres aux yeux bleus. Il vous fait son plus beau regard de bébé cocker anémique et vous balayez aussitôt vos pires délires sadiques. Vous n’avez qu’une envie : le câliner fort et le couvrir de bisous : « De toutes façons en Grande Section le sac, ça sert à rien. Oui, je sais, il y a ta collection de cailloux et d’insectes écrasés, ainsi que ta compote pour la collation. Mais franchement c’est pas bien grave, hein ? T’auras le droit à double dose de gouter pour la peine. Oui, même à deux Pitch, ok. On ne va pas mégoter. »

                Un dernier bisou, essuyage de nez qui coule, et vous le laisser filervers dans sa classe, retrouver ses petits congénères. Parmi les quelques parents qui trainent encore, vous repérez un ou deux de vos semblables et échangez des regards plein de compassion.

                Vous retraversez la cour lentement, la tête rentrée dans les épaules. Non, mais quelle furie vous faites. À quoi ca sert de se mettre dans ces états ? Pour terminer, vous avez même remporté la bataille ! La journée de merde peut aller se rhabiller ! Vous en êtes là de vos réflexions, lorsque vous entendez appeler, plusieurs fois, dans votre dos. Vous vous retournez et constatez qu’il s’agit de Numérobis. Il court vers vous, et vous saute dans les bras, à la manière d’un petit Ingalls. Il vous serre bien fort de ses petits bras musclés et s’excuse : il n’a pas vraiment pas fait exprès, petite Maman chérie. Culpabilisée pour la semaine, vous l’embrassez bien fort et le renvoyez vite retrouver sa maîtresse.

                À cet instant, comme par magie, un rayon de soleil perce l’épaisse couverture nuageuse. Et c’est le cœur léger que vous repartez. Vos enfants sont formidables ! Vous êtes une mère formidable ! La vie est formidable ! Vous sautillez sur le retour tout en poussant les deux petits derniers. Vous vous arrêtez un instant pour vous rouler dans la rosée sur un carré d’herbe un peu douteux, apercevez un écureuil, deux libellules qui folâtrent et un faon au feu rouge du coin de la rue. Que la vie est belle ! A quoi sert de se mettre la rate au court bouillon ? Vous repensez à votre karma, à des histoires d’arc en ciel, de guimauve et de miel.

                Arrivée chez vous le cœur en joie, vous refermez tout de même soigneusement la porte derrière vous, afin d’être bien certaine que la journée de merde ne vous ai pas suivie. Vous entamez de sortir les deux petits de leur poussette. Dragibus court aussitôt retrouver ses jouets, vous le regardez tout attendrie et sentez votre poitrine se gonfler d’amour. Vous saisissez Micro-Poulette qui vous fait son plus magnifique sourire à six dents. Que demander de plus ? Non, vraiment, je vous le demande ?

     

                Un gros vomi. Dans ta face. Voilà que demander de plus.

     

                La faute au biberon donné trop vite à 08h08 à cause de ce ### de réveil qui n’a pas sonné. Une silhouette se faufile derrière vous, pas la peine de chercher à vérifier : une vraie belle journée de merde vous attend.

     #souhaitelamortdestouslesponeysrosesdelunivers

     

    ©Sixinthecity    

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 22 Janvier 2014 à 17:32

    En pleine journée de merde (comprendre gastro + 2 enfants de moins de 2 ans qui ont otite et rhume + mari parti pour la semaine), je me suis mais alors bidonnée comme une malade, j'adore. MERCI, ma journée de merde l'est moins :p

    2
    Rhésus
    Mercredi 22 Janvier 2014 à 17:35
    J en pleure de rire!!! Merci c est trop bon!!
    3
    Mercredi 22 Janvier 2014 à 18:10

    merci :-)

    4
    Mercredi 22 Janvier 2014 à 22:32

    Merci pour ce billet. Moi qui passe plutôt des nuits de merde vu que bébé ne fait pas ses nuits, j'en ai pleuré de rire! Merci pour ce bon fou rire.

    5
    Mercredi 22 Janvier 2014 à 22:35

    rhooo ben c'est gentil ça !!

    n'hésitez pas à partager et liker ;-)

    6
    NinaCoco
    Jeudi 23 Janvier 2014 à 23:30
    J'adoooooooooore!
    Me suis bidonner de rire, bravo!
    7
    cestvousquivoyez
    Vendredi 24 Janvier 2014 à 08:11
    J ai toujours dis qu on était toutes des Super -Mamans . On devrait avoir au moins une reconnaissance avec médaille du courage obligatoire . Continue comme ça je me sens moins seule .
    8
    Vendredi 24 Janvier 2014 à 08:17

    merci cestvousquivoyez  et ninacoco !

    9
    Valérie
    Jeudi 12 Juin 2014 à 15:12

    J'adore!!!! trop fort, j'ai vraiment l'impression de me voir avec mes 4 schtroumpfs , vous êtes vraiment une narratrice hors pair :-)

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